On y était pour vous : Colloque Transition Écologique du CHU de Rouen 2026
Le 22 septembre, nous avons participé au premier Colloque Transition Écologique organisé par le CHU de Rouen, dans le cadre des Semaines Européennes du Développement Durable. Des dizaines de professionnels réunis autour d'un sujet qui nous concerne tous : les pénuries de médicaments et la résilience du système de santé.

Un premier colloque qui devrait en appeler d'autres. En ouverture, la direction générale du CHU a rappelé l'engagement de l'établissement (10 000 professionnels) dans une transition écologique pluridisciplinaire, en lien avec l'ARS, l'OMEDIT, la FHF, l'université de Rouen et de nombreux partenaires territoriaux, CPTS comprises. Une feuille de route régénérative du CHU doit être publiée début octobre.
Pourquoi on manque d'amoxicilline en France. Clémence Marque, docteure en pharmacie, chercheuse à Unisanté (Lausanne) et autrice de Faire sans : les pénuries de médicaments qui menacent notre santé, a ouvert la matinée par un diagnostic sans détour. Les pénuries touchent aujourd'hui à 98 % des médicaments matures (plus de 10 ans de commercialisation) et à 80 % des produits vendus moins de 5 € sortie usine : amoxicilline, paracétamol, les "vieux" médicaments les plus utilisés. En cause, un marché mondial multiplié par 4 depuis 2000, une industrie qui met 5 à 8 ans à créer une nouvelle capacité de production, et un modèle français qui baisse continuellement le prix des médicaments anciens pour financer l'innovation, sans jamais définir de seuil plancher. Résultat : des chaînes fragilisées par les délocalisations (62 % des principes actifs viennent d'Asie) et par la concentration des façonniers, et des chaines de production poussées au maximum qui ne laissent plus aucune marge de manœuvre en cas de tension.
Sécuriser l'essentiel plutôt que vouloir tout produire. Parmi les leviers défendus par la chercheuse : réduire la demande via la prévention et les interventions non médicamenteuses (l’Activité Physique Adaptée, par exemple, largement sous-utilisée faute de remboursement), sortir les médicaments vraiment critiques de la seule logique de marché en s'appuyant sur la production publique existante (Pharmacie centrale des armées, etc.), et construire une liste de médicaments essentiels resserrée — les deux listes actuelles, avec 400 puis 600 références, n'arrivant pas à établir de priorité claire. Clémence Marque a aussi présenté L'Arche, un projet de recherche testé dans un village isolé du Jura suisse, qui forme les soignants de premier recours à l'improvisation face à la crise et mobilise un "collectif citoyen aidant" en amont — par exemple des cyclistes bénévoles capables de relayer un message pour un médecin généraliste en cas de panne des réseaux mobiles.

Penser les organisations dans un monde aux ressources variables. Arnaud Cretot, ingénieur et fondateur de Néoloco, a présenté sa méthode pour accompagner les entreprises confrontées à la fin de l'accès continu aux ressources : passer d'un pilotage à la demande à un pilotage par le stock, réintroduire la redondance, utiliser des ressources locales. Il a illustré son propos avec Adam Packaging, un fabricant de caisses en bois pour le vin de luxe reconverti dans la fabrication d'objets low-tech pour son territoire — sans licencier personne.
Le climat s'invite dans les murs de l'hôpital. Benoît Laignel (GIEC Normand) a rappelé la trajectoire régionale : +3°C en 2050, +4°C en 2100. Avec des conséquences sanitaires déjà documentées : surmortalité plus élevée à Rouen qu'à Toulouse lors de la canicule de 2003 (absence de culture de la chaleur oblige), moustique tigre et premiers cas autochtones de chikungunya dans le sud de la France fin 2023, et une personne sur deux qui devrait souffrir d'allergies d'ici 2050 — alors que les antihistaminiques ne figurent sur aucune liste de médicaments essentiels.
"Le plan n'est rien, la planification est tout." Anne Thierry, en charge de la gestion des situations sanitaires exceptionnelles au CHU, a partagé un constat familier à beaucoup d'entre nous : les plans de crise de plusieurs centaines de pages ne sont jamais lus le jour J. L'enjeu, selon elle, est moins d'écrire des documents toujours plus précis que de libérer, en amont, le temps de cerveau nécessaire à l'improvisation le moment venu — et d'accepter qu'on n'est pas seuls face à la crise.
L'après-midi en ateliers. Deux formats au choix : "Plan Health Faire®", un jeu de cartes construit sur le modèle de la fresque du climat appliqué à la santé (créé par une pharmacienne de l'OMEDIT Île-de-France et un pharmacien du CHU de Poitiers, déjà déployé à grande échelle à l'AP-HP), pour comprendre le concept "One Health" et ses déclinaisons à l'hôpital, au bloc, à la maternité. Et "CHU 2035", un atelier prospectif où participants ont planché en petits groupes sur des scénarios de pénurie de médicaments et de dispositifs médicaux, de gouvernance de crise ou de perturbations climatiques. Les échanges ont notamment porté sur la réutilisation des dispositifs à usage unique (aujourd'hui interdite), et sur une dépendance croissante et inquiétante au numérique. Comment concilier transition numérique et transition écologique quand les innovations numériques reposent systématiquement sur un accès au réseau et à l'électricité — un accès que le dérèglement climatique rend justement de moins en moins garanti ?

Sur les stands. Pause déjeuner studieuse (et végétarienne ! Eco-transition oblige) avec plusieurs stands portés par les groupes de travail internes du CHU : Green Block (éco-responsabilité au bloc opératoire), alimentation à la cantine et éducation nutritionnelle des patients, empreinte carbone de la prescription (les écarts d'impact entre inhalateurs pour l'asthme, par exemple).

Et les CPTS dans tout ça ? On en ressort convaincus que les CPTS ont toute leur place dans ces réflexions : c'est nous qui tenons le lien ville-hôpital, celui qui évite des passages aux urgences évitables et des examens refaits en double parce que l'hôpital n'a pas toujours l'information de ce qui a déjà été fait en ville. Un premier colloque qui a vocation à devenir annuel — on vous tiendra au courant.
Envie d'aller plus loin ? Notre groupe de travail "éco-responsabilité en santé" se réunit régulièrement pour justement faire vivre ces sujets au sein de notre territoire : partager les constats, essayer d'outils comme la fresque ou les ateliers prospectifs, et réfléchir ensemble à ce qui est concrètement transposable dans nos cabinets, nos officines, nos structures. Vous êtes professionnel de santé du territoire et ces enjeux vous parlent ? Rejoignez-nous : un simple mail à chargedemission@cptsrcm.com suffit pour être tenu au courant des prochaines rencontres.


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